A) LA MEDECINE AU 19ième SIECLE
Avant d'aborder Still et l'ostéopathie, il semble nécessaire, afin de mieux comprendre
son évolution, de le restituer dans le contexte médical de son époque, la deuxième partie du 19ième siècle.
La médecine remonte à la nuit des temps. Arrivée aujourd'hui à un degré de
haute technicité, son histoire se partage entre deux périodes de durée et de portée fort inégales.
La première allant de la Préhistoire au 19' siècle fut lente et peu fructueuse
dans son ensemble, bien qu'elle posât les jalons de la seconde.
La seconde, datant de 150 ans, a produit à un rythme très accéléré la plus
grande partie des connaissances dans le domaine du diagnostic et de la thérapeutique.
Ce phénomène est lié en fait au développement de tous les secteurs de la société
occidentale depuis le début du 19' siècle et notamment des autres sciences qui ont pu, grâce à leurs progrès, apporter l'appui
de leurs données et de leurs techniques dans l'exploration du fonctionnement normal ou pathologique du corps humain.
La première période comprend tout d'abord:
La médecine archaïque basée sur la magie et sur la religion. en ce temps-là,
la maladie était considérée comme une entité extérieure à l'homme infligée par des forces surnaturelles, que seuls des sorciers
ou des prêtres pouvaient guérir. Puis vint le temps de la désacralisation de l'époque gréco-romaine qui s'étend sur six siècles
d'Hippocrate à Galien le Romain.
Hippocrate fut un grand novateur dont la pensée est encore très contemporaine.
Avec lui, l'observation des faits se substitue pour la première fois aux croyances aveugles. La maladie s'humanise enfin et
cesse d'être étrangère au malade pour s'identifier à lui. Galien, plusieurs siècles après lui, travaillera dans le même esprit.
Vint ensuite le monde chrétien avec une longue période d'immobilisme, le respect
des dogmes oblige. Toute innovation jugée dangereuse était sévèrement combattue. La dissection étant proscrite par exemple,
l'anatomie n'a pu assurer son précieux secours à la médecine et à la chirurgie de l'époque.
Néanmoins les sources grecques réapparaîtront vers la fin du Moyen-âge grâce
aux médecins arabes, juifs et byzantins.
Vint ensuite le renouveau de la Renaissance rendu possible par la libération
de la pensée et la grande contestation religieuse de la Réforme. Favorisée aussi par la découverte de l'imprimerie et les
nouveaux échanges interhumains. Durant cette période, les dogmes furent remis en question de façon systématique. Deux siècles
ont suivi sous le signe de la raison affranchie de l'approche expêrimentale des phénomènes de la vie.Toutes les hypothèses
furent émises, même les plus excentriques.
Mais il a fallu attendre le 19' siècle pour que les sciences comme la physique,
la chimie ou la biologie ayant atteint une certaine maturité, puissent en vérifier le bien fondé.
Au début du 19' siècle, la médecine européenne va donc vivre comme tous les
autres secteurs de la société occidentale, la plus grande révolution de toute son histoire. Néanmoins, jusqu'à la fin du 19'
siècle, le progrès sera plus sensible pour le diagnostic que pour la thérapeutique.
Les procédés d'identification et de classification des maladies sont dûs tout
d'abord aux cliniciens comme Laennec ou Osler entre autres qui développent l'étude objective des signes; mais aussi aux nouvelles
techniques.
Citons par exemple la mise au point de l'éclairage électrique en 1880 qui
ouvre la porte aux explorations endoscopiques.
En 1895 Roentgen découvre les Rayons X et permet ainsi l'exploration des structures
profondes jusqu'alors invisibles.
N'oublions pas non plus l'anatomopathologie dont le médecin allemand Virchow
fut l'un des principaux acteurs, et qui grâce au développement des méthodes d'exploration visuelle de l'infiniment petit permit
de commencer à faire le lien entre les perturbations cliniques et les lésions organiques des différentes maladies.
Citons aussi l'utilisation des mesures physiques et chimiques, qui par la
mise au point de procédés d'enregistrements adéquats ont permis de compléter les constatations statiques par des observations
dynamiques plus proches de la réalité physiopathologique.
La physiologie et la physiopathologie se sont du reste beaucoup développées
au 19' siècle particulièrement grâce aux expérimentations du Français Claude Bernard.
Enfin, n'oublions pas les grands Pasteur et Koch ainsi que les autres pionniers
de la bactériologie, car leur oeuvre complétée par celle des virologistes a eu des conséquences considérables dans le domaine
du diagnostic, de l'hygiène, de la prévention et de la thérapeutique.
Comme nous le disent les docteurs Bariety et Coury dans leur livre sur l'histoire
de la Médecine, si l'art du diagnostic a sensiblement progressé durant cette période grâce en partie à l'apport des nouvelles
méthodes d'explorations, l'art de la thérapeutique médicale ou chirurgicale a attendu la toute fin du 19' siècle pour évoluer.
Voici ce qu'ils écrivent à ce sujet:
"En effet, en médecine , de l'Antiquité à la fin du 19' siècle, les moyens
d'action thérapeutique n'ont guère progressé. Le recours aux prescriptions magiques fantaisistes ou insolites s'est perpétué
jusqu'à une date relativement récente. L'emploi des drogues pour la plupart d'origine vegétale, était le fruit d'un empirisme
encore démunis de moyens scientifiques. A la veille de la découverte de la divine aspirine et de la mise au point de la seringue
à injection,les malades du temps de Napoléon III, étaient à peine mieux soignés que ceux du Moyen-âge. Les séculaires et souveraines
saignées emplissaient toujours les palettes de véritables hémorragies. Même si les principes actifs des plantes médicinales
commençaient à être extraits et prêparés sous forme d'alcaloïdes et de glucosides depuis le début du 19' siècle, la pharmacologie
et la pharmocodynamie innovée par Magendie 50 ans plus tôt, ne se sont développées, qu'à partir de 1860. la thérapeutique
moderne est donc née peu avant 1900 grâce à la conjoncture de deux circonstances favorables: le perfectionnement des méthodes
chimiques d'analyse et de synthèse et la fabrication des médicaments de grande consommation par des procédés industriels.
On connaît la suite en 50 ans, l'apparition des tonicardiaques, des sédatifs, de l'hormonothérapie substitutive, des antibiotiques,
des anticoagulants, des vitamines, etc...".
"En chirurgie, les opérations ont gardé un caractère élémentaire ou hasardeux
jusqu'à la fin de la seconde moitié du siècle dernier. elles se limitaient à des incisions superficielles, à la réduction
de certaines fractures ou luxations, à des cautérisations toujours cruelles et rarement utiles, à l'opération de hernies,
à quelques amputations précipites affreusement sanglantes et souvent mortelles. L'accès aux cavités crâniennes, thoraciques
et abdominales était pratiquement interdit. Il restait à résoudre les pertes de sang que les ligatures d'Ambroise Paré ne
suffisaient pas à réduire, la douleur qui commençait à être maîtrisée en 1840, grâce aux anesthésiques, l'infection postopératoire
et le choc opératoire.Depuis, les progrès de l'anesthésie, de la réanimation, de l'hématologie, de l'asepsie et les antibiotiques
ont résolu ces problèmes".
C'est donc dans cette période charnière, point de départ de la Médecine moderne
riche en découvertes prometteuses, mais encore pauvre en solutions thérapeutiques, que le Docteur Andrew Taylor Still a exercé
la Médecine, aux confins des Etats-Unis d'Amérique.
B) ANDREW TAYLOR STILL
a) Le jeune Still
Le docteur Andrew Taylor Still est né en Virginie en 1828.Fils d'un pasteur
méthodiste, le pasteur Abraham Still, il fut comme nous allons le voir, très tôt en contact avec la religion, la nature et
la médecine.
En effet, en plus de ses activités religieuses, le révérend Abraham Still
était aussi fermier et soignait ses fidèles lorsque ceux-ci étaient malades. Pratique courante pour un pasteur dans les Etats-Unis
d'Amérique de cette époque.en 1837, Andrew Still à neuf ans. Son père est envoyé comme pasteur dans une petite ville du nord-est
du Missouri, près d'une réserve d'Indiens. La famille s'y installe, et c'est là que le jeune Still passera le reste de son
enfance et de son adolescence. Andrew Still était donc un garçon robuste, habitué aux travaux de la ferme et à la vie de pionnier.
C'était un bon chasseur nous dit son frère Tom et c'est lui qui ramenait la plupart du gibier pour la famille. Il aimait passer
des heures à observer la nature. Très tôt donc il s'est intéressé au mécanisme de la vie. A l'anatomie par exemple, puisqu'il
disséquait certains animaux qu'il ramenait de la chasse et dont il collectionnait les os.
Still écrit d'ailleurs dans un
de ses livres: "Bien avant d'étudier l'anatomie dans les livres, je l'avais étudié dans le grand livre de la nature, j'étais
déjà familiarisé avec les muscles, les nerfs, les vaisseaux et les os des écureuils que j'avais disséqués avant d'apprendre
leurs noms dans les livres de médecine".
Dès son jeune âge aussi, Andrew Still assistait son père dans l'exercice de
la médecine. La médecine de l'époque, et surtout aux Etats-Unis d'Amérique, était loin d'avoir atteint le degré de spécialisation
qu'elle a atteint de nos jours. La thérapeutique et même le diagnostic étaient souvent très approximatifs comme nous le verrons
par la suite.
En fait, le pasteur Still soignait les maux courants d'une population composée
en grande partie de fermiers et d'Indiens habitués à de rudes travaux physiques. Il utilisait sûrement une pharmacopée à base
de plantes et pratiquait aussi la petite chirurgie et les manipulations. Still écrit du reste dans un de ses livres que son
père réduisait couramment les luxations de l'épaule. Il a donc sûrement appris de son père les techniques de réduction, ainsi
que les techniques de manipulation articulaire des bone-setters (rebouteux) indispensables à connaître dans une région où
les torticolis, les lombalgies, les luxations de l'épaule et autres, compte tenu du mode de vie des pionniers qui la peuplaient,
représentaient une bonne partie de la pathologie.
C'est donc dans cette atmosphère baignée de religion et de médecine, au contact
de la vie difficile des pionniers et des Indiens de qui il a sûrement appris, aux confins du Middle West américain, que le
jeune Andrew Still a développé les thèmes qui orienteront sa vie d'homme.
b) A.T Still adulte
Andrew Still épouse Niary M. Vaugh en 1849, il a 21 ans. Il s'installe dans
la région de Mâcon, Missouri, où pendant plusieurs années, il sera fermier et médecin à la fois. Puis petit à petit, la médecine
sera l'axe principal de sa vie.
Sa formation dans le domaine est initialement très empirique. elle est principalement
le fruit de ce que lui a appris son père sur le terrain, celui de ses lectures personnelles et de ses observations.
Il faut préciser que dans les Etats-Unis d'Amérique de cette époque, la formation
médicale était très peu codifiée. La plupart des médecins se formaient comme apprentis chez un confrère, complétaient cette
formation par leurs lectures, et obtenaient ainsi une licence d'exercice de la part des autorités de leur état. Ce fut le
cas d'Andrew Still dans les débuts de sa vie professionnelle.
Néanmoins, il existait des écoles officielles de médecine. C'est dans l'une
d'elles, l'école de médecine et de chirurgie de Kansas City, Missouri, que Still dans le début des années 1860, vient faire
ses études. Il acquiert ainsi une formation complète sur la médecine et la chirurgie de son époque.
Sa première femme meurt en 1859, lui laissant trois enfants en bas âge. Il
se remarie deux ans après avec Mary e. Tunner qui lui donnera d'autres enfants et qui restera sa femme les années qui suivront.
Still qui était anti-esclavagiste, sert comme chirurgien dans l'armée de l'union
pendant la guerre de Sécession. Il a le grade de Major. Durant cette période, il a l'occasion de pratiquer la chirurgie de
guerre dans les conditions les plus rudimentaires.
En 1864, une épidémie de méningite cérébro-spinale sévit dans le Kansas. elle
emportera trois de ses enfants. Terriblement affecté par ces morts et profondément convaincu que la thérapeutique de son temps
était souvent inefficace, et même plus dangereuse que la maladie qu'elle était censée traiter, Still oriente sa vie de médecin
vers ce qu'il appelait une nouvelle voie, et qui allait donner naissance, dix ans plus tard, à l'ostéopathie.
c) Still et l'ostéopathie
Still évoluait donc dans la seconde partie du 19' siècle. Nous l'avons vu,
cette époque fut riche en découvertes fructueuses dans de nombreux domaines de la médecine, mais encore pauvre en solutions
thérapeutiques.
Il était bien sûr au courant de plusieurs de ces découvertes. En effet, il
dote l'école d'ostéopathie de Kirksville qu'il fonde en 1895, d'un matériel de radiographie, comprenant très tôt l'apport
de la radio comme examen complémentaire au diagnostic. Il connaissait aussi les grands médecins de son temps qu'il estimait,
puisqu'il cite dans un de ses livres Osler, le grand clinicien anglo-saxon du 19' siècle.
Néanmoins, peu persuadé par la thérapeutique de son époque il consacre comme
nous l'avons dit les dix années qui suivent la mort de ses enfants (de 1864 à 1874) à la recherche: "d'une autre voie".
Cette autre voie, nous allons le voir, semble en fait renouer avec la tradition
ancienne de la médecine hippocratique. Très croyant, Still pensait que Dieu avait créé l'homme avec tous ses remèdes. Si l'homme
était capable de tomber malade, il devait sûrement avoir en lui les ressources de son traitement: Rejoignant Hippocrate le
père de la médecine, il donnait la primauté au: patient dans son ensemble et à son environnement.
Un autre médecin, Allemand celui-là, avait déjà renouvelé avec cette tradition
au 18' siècle. Il s'agit du docteur Hahnemann, le père de l'homéopathie (Hippocrate avait déjà parlé de la loi des similitudes
établie par Hahnemann).
Hippocrate, né à Cos, il y a environ 2400 ans, accordait une grande importance
au rachis et à sa pathologie. Ses écrits témoignent incontestablement de sa pratique des manipulations qu'il devait tenir
lui-même de la tradition égyptienne. Voici ce qu'écrivait Hippocrate à ce sujet: "I1 est nécessaire de posséder une solide
connaissance de la colonne vertébrale car de nombreuses maladies sont en effet causées par un état défectueux de cet organe"
(De articularis 45). "L'art de la thérapeutique vertébrale est ancien. Je tiens en haute estime ceux qui l'ont découvert
comme ceux qui, génération après génération, me succéderont et dont les travaux contribueront au développement de l'art naturel
de guérir. Le médecin adroit et consciencieux doit être habile de son coup d'oeil autant que de sa main lorsqu'il s'agit de
corriger les déviations vertébrales du malade étendu devant lui, sur la table de traitement. Si le traitement est effectué
de manière correcte, aucun dommage ne peut en résulter... Il s'agit de légères déviations des vertèbres et non de grossiers
déplacements"(De articularis 47)...
"Le rachis s'incurve même chez les gens bien portants de beaucoup de façons.
Il est encore susceptible de s'incurver par la vieillesse et par les douleurs. Les gibbosités par suite de chute, se produisent
généralement quand le choc a porté sur les ischions ou sur les épaules. Nécessairement, dans la gibbosité, une des vertèbres
paraîtra plus élevée tandis que les vertèbres au-dessus et au-dessous le paraîtront moins. Ce n'est pas qu'une vertèbre se
soit beaucoup déplacée, mais c'est que chacune ayant cédé un peu, la somme du déplacement est considérable. Pour cette raison
encore, la moelle épinière supporte sans peine ces sortes de distorsions dans lesquelles les vertèbres ont subi un déplacement
réparti sur la courbure mais non angulaire. Il faut disposer ainsi l'appareil de réduction ..."
et Hyppocrate rajoute :
"Le médecin ou un aide qui sera vigoureux et non sans instruction, placera sur la gibbosité la paume d'une des mains,
et mettant l'autre par dessus, il exercera une pression, qu'il aura soin suivant la disposition des parties, de diriger soit
directement en bas soit vers la tête soit vers les hanches. Ce mode de pression est le plus inoffensif. Inoffensive encore
est la pression qu'on exerce en s'asseyant sur la gibbosité en même temps que le blessé est soumis à l'extension, et en se
soulevant pour donner de l'impulsion. Rien non plus, n'empêche d'appuyer avec le pied sur la gibbosité, et de donner une impulsion
modérée. Quelqu'un de ceux qui ont l'habitude des palestres est passablement propre à exécuter ces manoeuvres".
Ces écrits sont élogieux, nul doute que le Maître Hippocrate apportait
de l'importance aux thérapeutiques manuelles. La médecine hippocratique devait d'ailleurs rester le fondement de toute thérapeutique
manuelle pendant des siècles.
Still, dans la même lignée, développera sa palpation à l'extrême. Grâce à
sa formation de chirurgien et à ses nombreuses années passées à disséquer, il avait une connaissance très précise de l'anatomie.
Son sens tactile était si développé dit-on qu'il pouvait reconnaître au toucher même les structures les plus profondes de
l'organisme.
Il donnait beaucoup d'importance à l'hygiène et à la nutrition. Pour lui un
médecin se devait de garder les gens en forme afin d'éviter d'avoir à les soigner une fois la maladie déclarée. Concept que
l'on retrouve dans la médecins chinoise.
"Un docteur qui sauve un membre vaut mieux que celui qui le coupe".
(Still)
Still se posait la question de savoir pourquoi un individu à un moment donné
devenait incapable de réagir aux agressions extérieures et intérieures. Il pressentait déjà le rôle du sang dans les phénomènes
de l'immunité alors que rien n'avait encore été démontré à ce sujet. Tous ces thèmes derrière lesquels se profilaient déjà
les grandes idées de la médecine préventive et même de l'immunologie, allaient donner naissance à l'ostéopathie.
Juin 1874, le docteur Andrew Taylor Still parle officiellement ses confrères
du résultat de ses recherches. Il nomme ostéopathie son système diagnostique et thérapeutique, du grec, os, et pathos, pathologie.
En 1892, Still reçoit l'autorisation de fonder the American School of osteopathy
à Kirksville, Missouri, qui sera à la fois un centre de soin et d'enseignement de l'ostéopathie, le premier du genre.
Cette école comme nous l'avons dit précédemment fut dès 1890 équipée d'un
matériel de radiographie et l'on dit même qu'une des premières artériographies américaines y fut réalisée.
L'ostéopathie prend alors un essor considérable, et plusieurs écoles sont
crées aux Etats-Unis puis en europe.
d) Evolution de l'ostéopathie aux Etats-Unis
Après la guerre de 14-18, de nombreux étudiants s'inscrivent dans
les écoles d'ostéopathie faute de places dans les écoles de médecine orthodoxe. Cet afflux d'étudiants a deux conséquences
notables pour les écoles d'ostéopathie en général.
D'une part un apport financier considérable qui leur permet de s'agrandir
et de relever le niveau de leur enseignement grâce à des investissements en matériel, une bibliothèque, etc...
D'autre part, la majorité de ces nouveaux étudiants sont venus faire des études
de médecine et ne sont pas spécialement motivés par l'ostéopathie. Aussi, vers 1935, la pression externe comme interne amène
les écoles d'ostéopathie à calquer leur programme sur celui des écoles de médecine.
Le mouvement se renforce après la seconde guerre mondiale, de nombreux vétérans
(anciens combattants) ayant reçu des bourses d'études d'une durée égale à celle de leur temps de service. En 1945, les docteurs
en ostéopathie obtiendront les mêmes droits que les docteurs en médecine, sous l'impulsion du Président Roosevelt qui avait
été traité avec succès par un ostéopathe.
Suite à cela, la plus grande partie des écoles, et donc des ostéopathes, se
dirige vers une médecine orthodoxe standard.
Etant habilités à prescrire des médicaments, ils négligent petit à petit les
thérapeutiques manuelles nécessitant, pour bien les réaliser, une pratique continue et une bonne condition physique.
Finalement, ces écoles d'ostéopathie sont intégrées au système d'enseignement
médical orthodoxe.
Ainsi le Collège of 0steopathic Medecine and Surgery de Los Angeles devient
une école de médecine orthodoxe en 1900, avec conversion à effet rétroactif du diplôme de docteur en ostéopathie (DO) en diplôme
de docteur en médecine (MD). Ces deux diplômes ont du reste actuellement la même valeur aux Etats-Unis.
Si la plus grande majorité des ostéopathes américains sont devenus des prescripteurs
et utilisent de moins en moins le contact manuel avec leurs patients, une petite partie du courant ostéopathique américain
reste encore fidèle aux idées de Still et effectue des travaux de recherche importants, pour leur donner les bases expérimentales
et les éclaircissements physiologiques qui leur font défaut.
Dr. Elie Paul Cohen: "Rapport de stage d'un Interne en Médecine Générale (I.M.G.) à la British School of Osteopathy (B.S.O.)"
Universite Pierre et Marie Curie (Paris 6) - Faculte de Medecine Pitie-Salpetriere,
1989. pp 5-23